Ils attendaient tous les deux à côté du Osaka, restaurant japonais situé entre un mexicain et un spécial grillade, les filles étaient en retard de cinq minutes actuellement. Des nuages étaient apparus et la température avait baissé depuis cette après-midi au Parc où ils les invitèrent à manger le soir même, sous les yeux de leurs amis, avant ou après être sorti de l’eau ? Après. Elles acceptèrent en souriant timidement, elles étaient sans doute plus jeunes qu’eux, plausiblement, elles étaient de la ville, profitant des premiers jours libérés du lycée. Tous les quatre, ils échangèrent une vingtaine de mots, pas plus. Carlos et Paul y étaient allés au culot et il faudrait convaincre ce soir, si elles finissaient par arriver. Ils ne s’habillèrent pas différemment de l’après-midi, Paul portait un t-shirt rouge et était anxieux, Carlos cachait un sweat noir sous un imperméable classique beige et reniflait légèrement. Ils ne se parlaient pas. Des bruits de pas rapprochés sur la gauche les firent se tourner et les filles arrivèrent en courant l’une contre l’autre. Elles étaient maquillées plus qu’il n’aurait fallu, elles étaient vêtues de robes noires qui faisaient trop habillées mais qui leur donnaient une certaine allure triste qui ne déplaisait pas à Paul. Ils s’entre- sourirent et se firent la bise de rigueur.
« Désolé d’être en retard, on trouvait pas l’endroit, s’excusa la blonde
- C’est pourtant simple, c’est presque en face du cinéma …
- On va pas trop souvent à celui-là, dit rapidement la brune en coupant Paul
- Bon, c’est ici qu’on va manger, décréta Carlos
- C’est pas trop cher ? demanda la blonde
- Franchement, on s’en fout, clôt Carlos. »
Paul se sentait déjà perdu dans ses pensées, il ne savait absolument pas quoi dire, il n’arrivait pas à se connecter aux fréquences des voix des filles afin de s’intéresser à ce qu’elles disaient et à y comprendre un sens caché qui expliquerait leur existence toute entière. Néanmoins, il remarqua un rictus de colère mêlé à de l’interrogation sur le visage de la brune quand Carlos écarta la question de l’argent. Dans son esprit, il allait payer de toute façon, mais elle ne l’avait pas compris de cette façon, elle pensait plutôt au montant exact de son compte bancaire et à ce qu’elle pouvait en utiliser ce soir.
Pour rentrer dans le restaurant, il fallait passer un rideau de grosses tressées et vous êtiez accueilli par une voie automatique en japonais, vous souhaitant la bienvenue, l’on suppose, mais elle pourrait très bien vous insulter que vous continueriez à être surpris et charmé jusqu’à être transporté dans un autre monde comme le sont Carlos et Paul, grands enfants. La petite serveuse asiatique les accueille avec un grand sourire, elle se souvient de la dernière fois où ils avaient beaucoup rit ensemble en essayant de comprendre quelque chose à la nourriture qui leur étaient servie, la serveuse n’en sachant pas vraiment plus qu’eux. Les filles demandèrent des places « fumeur » et les garçons suivirent, bien qu’ils ne fumaient pas, cela ne les dérangeait pas tant qu’on ne leur faisait pas avaler le contenu entier d’un cendrier froid. Ils eurent droit à une grande table un peu à l’écart, d’où ils pouvaient voir toute la salle. Arbitrairement ou au hasard, Carlos s’installa en face de la brune qui s’appelait Doria, avec ses yeux bruns soulignés fortement au crayons noirs et ses cheveux courts dressés au gel, Paul s’assit le dernier en tête en tête avec la blonde, Julie, cheveux longs bouclés aux pointes, du fard rose sur ses joues accentuant un côté innocent contredit par l’espièglerie de ses yeux verts.
« Vous désirez un apéritif, proposa la serveuse ?
-Non, ça ira ! Julie se précipitait trop, comme son amie, elle pensait à des chiffres s’affichant sur un écran en pleine rue ou le dernier relevé de son compte.
-Si si, insista Carlos. Une coupe de champagne chacun. Je sais, c’est pas trop japonais.
-Et moi, vous croyez que je suis japonaise, plaisanta la serveuse ? »
C’était vrai, elle ne s’en souvenait peut-être pas, mais la dernière fois elle disait être coréenne d’origine, née en France bien sûr. Les filles se regardaient en coin tout en lisant la carte. Elle attendait que l’une d’elles se mette à parler et trouve un sujet de conversation. Ils auraient pu attendre toute la nuit, sachant que ce serait finalement les garçons qui se forceraient et c’est Paul qui commença, fidèle à sa tradition de vaincre le trac en se jetant à l’eau.
« J’adore la petite voix à l’entrée pas vous ?
- Oh oui, c’est marrant répondit Julie alors que Doria hochait positivement la tête
- C’est totalement le mythe japonais, le cliché, rajouta Paul
- C’est un pays de cliché, confirma Julie. »
La remarque toucha Paul, bien que toute simple, ça prouvait qu’elle savait deux ou trois trucs. La serveuse les interrompit en amenant les coupes.
« Vous avez choisi ? demanda-t-elle
- Je pensais à un truc, si vous êtes d’accord. Carlos reprenait les reines.
- Propose, dit Doria en le regardant dans les yeux
- On se prend deux fondues, ça fait exactement pour quatre personne
- Et c’est aussi le plus cher
- J’ai déjà dit de pas s’en faire, on offre ce soir
- Oh, vous avez de la chance, lança la serveuse aux filles qui ne répondirent pas
- Et puis, continua Paul, la fondue est ce qu’il y a de meilleur au japonais. Personne est vraiment fan des sushis.
- Moi j’aime bien, rétorqua Doria
- Bon allez d’accord pour des fondues, conclut Julie pour mettre tout le monde d’accord
- Vous désirez laquelle ?
- Ce sont toutes les mêmes, non ? Y a que le prix qui change ! souri Carlos, en regardant Paul. Choisissez en une au hasard. »
La serveuse repartit en riant, après que Paul ai commandé une bouteille de rosé. Julie plongea la tête dans son sac et en ressortit avec son portable, qu’elle débloqua en touchant à deux touches, l’écran s’allumant ;elle semblait déçue en voyant qu’il n’y avait rien de nouveau, pas de mini messages, pas d’appel en absence. Doria tripotait son rince doigts en tissu imbibé de citronnelle encore chaude. Ils trinquèrent tous ensemble, à nous, et ils descendirent la première gorgée, au volume variant selon les personnes.
« Tu as vu Lost in translation, demanda Carlos à Doria spécifiquement ?
-Non, c’est quoi ?
-Un film. Bill Murray. Sofia Coppola
-Ah oui, je vois. La voix de Julie s’animait d’incertitude.
-Bill Murray je connais, et j’ai entendu parler de Sofia Coppola, lança Doria pour ne pas paraître idiote
-C’est le genre de film qu’on a souvent envie de voir, mais il le passe jamais au cinéma et on le trouve pas au vidéo- club.
-Il est passé ici. C’est surtout une question de volonté. Il faut se déplacer, choisir le film plutôt que de se le laisser imposer, critiqua Paul.
-ça se passe au Japon, intervint Carlos avant qu’il ne soit trop tard, tout en manquant de s’étouffer avec son champagne. Il y a une scène dans un petit bistrot où Bill Murray et Scarlett Johanssen mangent exactement ce que nous allons manger. Quand ils prennent la commande, les différentes fondues sont les mêmes sur toutes les photos du menu, c’est pour ça que j’en ai demandé une au hasard.
-Et il parle de quoi ce film, demanda Julie ?
-C’est l’histoire de deux personnes paumées à Tokyo. Paul improvisa un résumé. Tout différencie leurs vies, ce qu’ils sont, et pourtant, je suis persuadé qu’ils ont le même esprit, la même âme. Ils pensent aux même choses et c’est ce qui les font se rapprocher. C’est une histoire d’amour entre deux cerveaux, à la base.
-Et il y a la musique, My Bloody Valentine, rajouta Carlos. »
Les filles ne trouvèrent rien à dire à ça, si ce n’est quelque chose comme, « ah ouais ». En sirotant leur champagne, ils mangeaient des petits amuses gueules complètement écœurant, trop sucré et trop sec.
« Et vous avez déjà mangé japonais autrement que par film interposé, parce que là on est pas très rassurée, demanda Julie ?
- Oui oui bien sûr, ils nous arrivent de venir ici, c’est délicieux rassura Carlos.
- Et très copieux
- Et très drôle
- Pourquoi ?
- Parce qu’en plus de s’en foutre plein la panse, on en fout partout à côté. »
Tout le monde ria, tandis que le restaurant se remplissait de plus en plus au son de la voix robotique proférant toujours la même phrase comme son propre mantra. Au moment d’être servis, les clients se tournèrent tous vers eux, attirés par les fastes du repas. D’abord, on leur remit plusieurs sauces, une salée noire, une sucrée jaune et mauvaise et une piquante rouge en faible quantité. Leurs assiettes étaient surmontées de petits bols garnis d’une cuillère en passoire. Deux grands plats de viande crue eurent du mal à trouver de la place sur la table, et deux autres plats de garnitures obligèrent de poser par terre les téléphones portables, non sans un dernier regard de Julie et Doria à leurs amants électroniques. Enfin, on leur amena deux chauffes plats réglables sur lesquels la serveuse, aidée d’une collègue, posa deux sortes de wok emplis d’un bouillon où était plongé une feuille parfumée en forme de raie manta, l’équivalent de notre thym. Les filles leur demandèrent de l’aide pour s’avoir comment manger et les autrs clients n’arrivaient pas à restreindre leur curiosité, certains allant jusqu’à demander à la serveuse ce qu’ils avaient commandé.
« Alors, il faut d’abord remplir le bouillon d’un maximum de truc. Ainsi débuta la leçon du professeur Carlos
- Et comment on coupe, demanda Doria
- Avec les baguettes, tout simplement
- Et c’est censé être quoi ça, Julie tentait de découper un rectangle de patte blanche
- Du fromage de soja assura Carlos
- Et ça ? Doria tenait un long filament blanc et épais
- Nous on appelle ça des spaghettis, déclara Paul. Bien que ça puisse aussi être des tentacules de bébé poulpes.
- Et après, enchaîna Carlos, une fois que la viande est cuite, tu la prends avec ta petite cuillère, tu mets du bouillon dans ton bol, tu rajoute ce que tu veux en garniture et choisis ta sauce. Les armes sont dans ton camp.
- Et tu finis par boire une gorgée de rosé, comme moi, conclut Paul. »
Les premières tentatives se passèrent plutôt, c’était surtout avec le temps quand l’attention se relâche au fur et à mesure que l’on en vient à faire des erreurs, à renverser du bouillon à côté, à laisser tomber sa viande dans le feu de façon à ce que des gouttes bouillantes éclaboussent tout le monde, jusqu’au tables voisines. Ils parlaient très peu à table, chacun lançait uniquement des petites plaisanteries régulières et le reste des temps, les bouches pleines empêchaient les conversations. Paul buvait beaucoup, suivit de près par Carlos. Au bout de vingt minutes, ils durent recommander une bouteille, ce qui fit pouffer la serveuse. Paul n’arrêtait pas de faire tomber sa cuillère par terre et il en profitait pour regarder les gens autour d’eux : tous avaient au moins dix ans de plus qu’eux, des cheveux gris sur le crane, des chemises toutes aussi grises, ils avaient l’air de sortir du travail, venant encore avec des collègues, à moins qu’ ils s’agissaient de familles, la mère seule avec le fils et la fille et la petite dernière. Il se sentait soudainement très seul dans un univers froid et il constata qu’il s’était mis à pleuvoir dehors, une pluie d’été, qui change du soleil interminable et donne l’impression que les saisons se sont décidées à alterner à une cadence beaucoup plus rapide. Les gouttes frappaient bruyamment la devanture vitrée du restaurant, toutefois, Paul avait l’impression d’être le seul à se rendre compte, cette pluie était la sienne, encore pour quelques secondes avant que l’un des clients ne tourne lui aussi la tête vers l’extérieur.
« Vous savez ce qui est nul ?dit-il pour se changer les idées
-Non, l’aida Carlos, conscient que c’était à lui de répondre à une question dénuée de toute pertinence
-C’est tout le brouhaha là autour. Ces gens qui parlent, sans arrêt, même en mangeant, la bouche pleine, au risque de perdre un pourcentage non-négligeable de nourriture en cours de mastication. J’aimerai juste qu’ils se mettent tous à parler japonais, pour que je n’y comprenne plus rien, pour que je sois totalement perdu et piqué au vif par un langage qui permet aux gens de conserver un mystère qu’ils n’ont pas
-Et les serveuses aussi pourraient parler japonais. Julie se prêtait au jeu. Uniquement japonais, tout comme le menu qui serait calligraphié, ou à base de photos. Au moins elles parleraient japonais, on ne serait jamais sûr de ce que l’on commande, il y aurait un certain degré d’incertitude et de surprises
-Nous irons au Japon un jour, Paul et moi. On marchera séparément dans les rues durant la journée, et le soir on se donnerait rendez-vous dans des restaurants ou au bar de l’hôtel et on échangerait toutes les aventures de la journée, on se donnerait des conseils, on parlera des autochtones qu’on aurait rencontrés et qui deviendrait nos amis, on boirait du saké dans des appartements aussi petits que mes toilettes, en regardant des publicités pour le parfum féminin lancé par un chiwawa
-Y a pas à dire, tous les deux, nous sommes des clichés ambulants. »
Les filles rirent à peine et Paul les comprenait. Il savait qu’elles n’étaient pas faites pour eux, que ce n’était pas inscrit dans leur génome. Dans son esprit, ce genre de personne ne pouvait mener une relation avec lui. Il ne comprenait pas comment on pouvait passer des moments sans un échange de paroles, de regards ou de pensées enfuis. Ces filles-là étaient des blocs de marbre, on pourrait sans doute les modeler. Carl devait avoir ça en tête, il savait très bien le faire, il savait très bien s’en accommoder et aimait à un certain degré cette compagnie éphémère qui lui permettait de se lâcher de la solitude habituelle, nécessaire et établit en mode de vie. Paul n’avait pas besoin de soupape, pour lui c’était tout ou rien, l’isolement à l’extrême ou la proximité fusionnelle. Il ne connaissait rien entre les deux, pas faute d’avoir essayé, il n’arrivait pas à le tolérer, voilà tout.
« Vous faites quoi dans la vie, on le sait même pas, hasarda Julie
- Nous sommes scénaristes, intervint tout de suite Carlos, coupant nette toute volonté de franchise de la part de Paul
-Vraiment ? Pour qui ?
-Je développe actuellement un jeu vidéo, lança Carlos
-Non ? Incroyable ! On aime bien ça, avoua Doria
-Je m’en serai douté
-T’en as déjà fait ? Si ça se peut, on a déjà joué dessus demanda Julie
-Je crois pas. J’ai encore rien fait, je suis un petit débutant pas très connu. Carlos ne mentait pas, il pliait la vérité là où il souhaitait la voir apparaître de façon différente.
-Et toi Paul ?
-Mh … Il cherchait quelque chose à dire qui soit excitant, qui corresponde au fantasme mis doucement en place par Carlos et il se décida à ne pas être lui-même. Je suis poète.
-Et c’est un métier qui gagne bien ? J’ai jamais rien lu de toi, confessa Doria. Je ne lis pas trop de poésie non plus
-Je suis peu publié et je vis de l’argent de mes parents. Paul essayait de prendre la voix de quelqu’un qui avait beaucoup voyagé sans jamais manquer de rien, il était aux antipodes de lui-même et ça se ressentait si bien que les filles ne creusèrent pas plus
-Parle-nous de ton jeu, c’est quoi ? Course de voiture ? plaisanta Doria pour faire enrager Carlos
-Non pas du tout. C’est un jeu d’aventure, dirons-nous. Tu incarne Martin Frost, un riche PDG américain qui approche de la quarantaine et part en voyage avec sa femme. Sauf qu’elle se fait enlever et Frost doit la retrouver et jongler avec les terroristes qui la détienne.
-Un truc à la Tomb Raider ?
-Je dirai plutôt Silent Hill 2. Je pars d’une trame classique de jeu pour emmener le personnage, et donc le joueur, à sombrer dans une folie totale
-Sympa, les joueurs te remercient, glissa Julie
-J’espère bien qu’ils me remercieront. Le but est d’ouvrir la conscience des joueurs, leur faire comprendre les enjeux de la réalité. Le glissement vers la folie se fait lors des recherches de la femme de Martin Frost dans la ville. Il ne sait pas où il est, il ne sait pas quelle heure il est. A la base, le joueur peut choisir 4 villes différentes, Paris, Florence, Londres, Mexico. Frost ne retrouve plus son hôtel, ne retrouve plus sa femme, il a tout perdu, plus de montre, plus de plan. Il se sert sur place, trouve un plan par terre, demande l’heure à un passant. Sauf que le plan est faux et qu’il comprend mal la langue, mais il croit être sûr, c’est cet espoir seul qui peut le faire au moins se repérer, au mieux retrouver sa femme. On ne peut pas empêcher le soleil de se coucher ; par contre on peut être persuadé qu’il est 18 heures alors qu’il est déjà 21 heures en plein été. Il y aura une horloge sur l’écran, tout se passe en temps réel, le jeu dure environ vingt heures pleines. Il faut trouver une cabine pour appeler l’hôtel et se faire transmettre un message des terroristes. Il faut être à l’heure au rendez-vous, au bon endroit.
-J’ai du mal à comprendre comment cela peut se passer, avoua Doria. Mais c’est pas une critique
-C’est pour ça que je suis sûr que le jeu va décevoir tout le monde, déclara Carlos. J’en ai rien à foutre, je sais ce que j’ai voulu faire, et surtout, je sais ce que j’ai fait ! »
Carlos avait dit des choses que Paul ignorait totalement. Il était quelque part déçu qu’il ne les lui ait pas dites à lui uniquement et en y réfléchissant, il comprit que ce jeu faisait parti d’un plan personnel élaboré par Carlos, qui n’appartenait qu’à lui et aux étrangers, cela fonctionnait sur le même plan que la relation épistolaire entre Paul et Karen. C’était tellement personnel qu’il ne servait à rien d’en parler, il suffisait que lui et Carlos se regardent dans les yeux pour tout savoir, car cela représentait la somme de leur vie, un aboutissement.
La fin du repas était proche, il ne restait presque plus de bouillon, la viande cuisait contre la paroi du wok.
« Je crois que ça va bien aller là… lâcha Paul dans un souffle
-On a toujours l’impression qu’il n’y en aura pas assez au début, remarque Carlos, et puis à la fin, on crève. »
Il venait de finir la deuxième bouteille de rosé. Ils avaient beaucoup rit, surtout pour des choses idiotes. Ils avaient fait beaucoup de bruit, beaucoup de taches et animaient à eux seuls le restaurant morne sinon, quand soudain leur voisin immédiat, auparavant de dos, se retourna en s’adressant directement à Paul.
« Tu te rappelle ce que t’as dit tout à l’heure ?
-J’ai dit beaucoup de choses, mais apparemment, tu vas me rappeler un truc précis, puisque t’écoutes. »
Le type était énorme, il occupait une seule chaise avec difficulté et avait des cheveux noirs très gras qui laissaient tomber des pédicules sur sa chemise bleue à carreaux. Il dînait en tête-à-tête avec une femme qui était son portrait craché avec une moustache en plus.
« Tu disais que c’était dommage qu’il y avait trop de brouhaha, mais le truc c’est que c’est vous qui le faite.
- Mh, disons que c’est de l’animation, s’excusa Paul, et l’on a un peu bu
- Moi aussi j’ai bu, ça change rien répliqua le gros
- On s’amuse bien, on passe une bonne soirée, on paye pour ça, et c’est tout
- Moi aussi je paye et je veux être tranquille là
- A la base, vous pourriez être poli. Nous vouvoyez, dire s’il vous plait commença Paul
- Je vous demande juste de faire moins de bruit, merci.
- Non, j’ai dit s’il vous plait insista Paul
- Si vous voulez, moi je peux vous faire taire
- Oh vraiment ? J’ai peur
- Fais gaffe
- Vous allez faire quoi ? Appelez la police, vous battre ? Venez
- Allez c’est bon, arrête, ok on va faire moins de bruit, tenta de tempérer Carlos
- Nan ! protesta Paul »
Carlos fusilla Paul du regard et il se rappela qu’il y avait les filles avec eux et bien que de voir la force de leurs cavaliers en action les intéresserait peut-être, il voyait mal la soirée se terminer dans un pugilat général, alors il se tut. Les filles ne dirent rien du tout.
« Qu’est-ce que vous voulez faire ? Vous voulez aller au cinéma proposa Carlos
-Non, on n’a pas trop envie, refusa timidement Julie
-Venez prendre un dernier verre chez nous alors
-D’accord. Elles hésitèrent d’abord, et c’est Doria qui accepta
-Vous avez une voiture ?C’est pas tout près et on ne conduit pas
-Oui ça va j’ai le permis déclara Julie
-Ok, amenez la voiture, on va régler. »
Les filles partirent en premier pendant que Carlos et Paul allèrent à la caisse. Carlos sortit sa carte bleue, la donna à la serveuse sans consulter l’adition. Paul avait l’habitude et pas vraiment de remords, comme il n’en avait pas eu quand Carlos avait parlé aux filles de « leur » appartement.
« Alors, t’en pense quoi, demanda Carlos ?
-ça se passe bien pour l’instant, je crois
-Oui
-Mais j’ai l’impression d’être avec des robots. J’ai l’impression qu’elles ne sont pas là
-Et pourtant, elles le sont, elles sont réelles, et elles ont accepté d’aller chez moi.
-Elles regardaient leurs téléphones portables toutes les cinq minutes, comme si la fin du monde allait être annoncée, là maintenant
-Les gens normaux sont comme ça
-C’est assez nul »
Ils ne regardèrent même plus le gros type, mais Paul l’avait encore en travers de la gorge. Les filles attendaient en voiture devant le restaurant. Ils se dépêchèrent et montèrent derrière en ramassant le moins de gouttes de pluie possibles. Carlos guida Julie au volant jusque chez lui, mis à part ça, personne ne parlait. Paul avait toujours un disque dans ses poches quand il sortait et il demanda à Doria de mettre « Room on fire » des Strokes dans l’auto radio. Elle accepta avec surprise. Il regarda dehors, les rues trempées et les caniveaux déjà plein de flaques, en pensant à ce disque et au fait qu’il y a plus d’un an, il l’écoutait, peu avant de tomber par hasard sur Carlos dans un cinéma non loin de là. Il l’écoutait dans le bus, tout le temps, debout, assis, plié en deux pour apercevoir une fille qui lui plaisait sur un siège du fond ;il dansait souvent dessus, il chantait même, il était possédé par le disque et ignorait tout autour de lui, il lançait un défi aux passagers du bus, celui de sentir aussi bien que lui, d’être aussi heureux que lui. Oui, il était heureux. Totalement seul mais heureux. Il déambulait dans les couloirs de l’université en se voyant filmé selon le dispositif mis en place par Gus Van Sant dans Elephant, il s’imaginait parfois prendre les armes et tuer certains de ses camarades, étrangement, les visages qui revenaient le plus lors de ces fantaisies journalières étaient ceux des élèves les plus gentils, les plus doués, les plus ouverts ; à l’inverse, les élèves qui l’énervaient étaient tués très rapidement. Et puis il rencontra une fille qui réveilla des démons en lui, il ne sut pas les affronter. Dès lors, il sut qu’il devrait attendre une des femmes de sa vie pour être réellement heureux, quelqu’un qui serait sur la même longueur d’onde que lui. Paul enviait Carlos et la facilité qu’il avait à apprécier chaque moment, chaque personne, il se contentait de prendre ce que l’on pouvait lui offrir et en tirait le meilleur furtivement, car il comprenait très bien que c’est la courte durée de la relation qui lui permettrait d’être attirer par une personne. La connaître mieux saurait éliminer chaque espoir, chaque envie naturelle de se reconnaître dans l’autre et il savait que l’amour au sens courant, c’est-à-dire la vie de couple, c’était vouloir réduire l’autre à toutes nos volontés. Cela marchait bien avec l’âme sœur, avec l’ami, il ne fallait pas s’attendre à les trouver au coin de la rue. Contrairement à lui, Paul rêvait, encore et encore, et il pensait avoir enfin été récompensé avec l’irruption insensée de Karen dans sa vie. Auparavant, ses contacts avec autrui se résumaient en une série de compromis, d’actes qu’il n’avait pas envie de faire, d’endroits où il n’avait pas envie d’aller, il fallait s’y plier pourtant, il fallait être normal, avec des personnes normales de vingt ans, se comporter de façon immature à ses yeux, aller en boite de nuit pour écouter une musique que tout le monde déteste, s’ils avaient le choix, les clients écouteraient tous autre chose, mais ils étaient prisonniers de l’endroit clos et de l’époque close ; monter sur une table saoul pour se faire remarquer ;passer des heures à ne parler que des ragots, des cours, des professeurs, des élèves, des programmes de télévisions, etc. Il haïssait ces choses, tout en étant conscient qu’il pourrait très bien les faire, à condition de rester soi-même, de ne pas uniquement faire acte de présence, au contraire, d’intervenir par rapport à l’environnement : choisir la musique sur laquelle on danse, réciter des poèmes sur une table, discuter de Gao Xianjiang en dégustant un Gin Fizz. C’était sa vie d’aujourd’hui et avant de connaître Carlos, il avait dut faire des compromis, laisser l’environnement agir sur lui, se faire happer par lui tel tous les autres êtres peu âgés qui peuplent la terre et ne l’habite pas. Il se souvenait d’un événement que sa mère lui avait une fois raconté dans la cuisine de leur maison. Cela se passait le premier jour de classe au cour préparatoire et il devait attendre après l’école jusqu’à dix huit heures à la garderie que sa mère, une fois sortie du travail, puisse venir le chercher. L’heure arrive et elle vient le prendre pour la première fois. Au passage, la responsable des enfants lui demande s’ils ont des problèmes familiaux à la maison. Surprise, elle répond que non et demande des explications ;la responsable lui explique alors que Paul n’avait rien dit ni fait durant tout le temps de la garderie, il s’était contenté de s’assoire dans un coin le regard dans le vide. Le soir même, sa mère lui explique qui s’il joue avec les autres enfants et s’amuse, alors sa maman sera là plus vite, parce que le temps passera plus vite ;le lendemain, il joua au ballon, courut après les autres et sauta dans le cerceau. C’était là toute sa vie. Point.
Le moteur de la voiture de Julie se coupa dans le parking souterrain des immeubles de l’Orangerie. L’entrée s’effectuait par l’arrière, les filles ne pouvaient pas savoir où elles se trouvaient et elles poussèrent un cri d’admiration en pénétrant dans l’appartement de Carlos. Elles dirent « vous êtes vraiment riches alors… », ils mentirent « nous vivons avec l’argent de nos parents ». Leurs parents n’étaient pas pauvres, pourtant, s’ils avaient une quelconque richesse, ils la gardaient pour eux, pour vivre, se nourrir et se loger tous les jours, leurs enfants ne songeaient pas à leur reprocher. Paul fit un clin d’œil à Carlos, ils leur arrivaient de se partager les biens de Carlos dans certains de leurs petits scénarios. Ils firent le tour de l’appartement sous l’unique consigne donnée par Carlos ne pas toucher aux ordinateurs. Elles regardèrent les petites sculptures dorées de bouddha en émettant des commentaires sur le restaurant du soir, elles tentèrent de deviner la superficie totale, elles s’extasièrent devant l’originalité de la salle de bain avec sa baignoire aussi grande qu’un bassin et ses vitres qui donnaient sur le salon sans aucune intimité, ce qui les firent rire grassement, les affiches les attirèrent et Doria demanda s’il s’agissait de Buster Keaton , là sur l’une d’elles. Elles n’étaient pas idiotes, elles avaient une culture qui leur venaient sans doute des parents, d’une jeunesse forcée à voir certains films, à aller dans certaines galeries, sauf qu’il s’agissait de Woody Allen sur l’affiche. Paul se forçait à oublier ses commentaires, à ne pas voir les filles comme possiblement en connexion avec lui, il savait pertinemment qu’elles écoutaient NRJ et sortaient tous les samedis soirs, juste les samedis soirs, alors que les autres soirs sont tout aussi bien. Carlos sortit une bouteille de saké du bar, sous les hourras de la foule face à son bon goût et à ses qualités de visionnaire qui lui firent acheter un alcool japonais et les petits verres qui vont avec. Il versa son compte à chacun et déclara « ce soir, nous vous proposons deux choix : Psychose d’Alfred Hitchcock ou Tout le monde dit I love you de Woody Allen ». La salle de cinéma personnelle fonctionnait à l’aide d’un rétroprojecteur et d’un lecteur de dvd, qui permettait de voir plus de films avec une très bonne qualité. Carlos s’était quand même payé un plus vieux projecteur sans posséder de bobines pour l’instant, car elles étaient difficiles à localiser et à acheter, toujours à voguer entre les cinémas du pays. Paul aurait voulu voir à nouveau le jogging dans Venise de Julia Roberts et Woody. Les filles penchèrent pour Psychose, échaudées sans doute par le titre du Woody Allen qui figurait trop de choses. Le petit monde s’installa sur les sièges rouges de la salle et Carlos disparut quelques instants, histoire de lancer le film, d’allumer le rétroprojecteur pendant que Paul fermait hermétiquement les volets donnant sur l’extérieur. Le film débuta et les filles furent surprises de voir les sous-titres et d’entendre la langue anglaise. Elle se plaignirent gentiment sans que ni Paul ni Carlos ne cèdent. Pour Paul, le film fut une suite de moments inconscients, l’alcool commençait seulement à être digérer, il fixa l’écran les yeux grands ouverts puis les fermaient totalement durant des périodes allant jusqu’à cinq minutes, se repérant à l’oreille dans ce film déjà vu plusieurs fois, il oubliait entièrement l’existence d’autres personnes dans la salle, il ne se rendait pas compte qu’en bougeant un peu le bras il pourrait atteindre la main de Julie. Le regard de Carlos balayait sans cesse de l’écran jusqu’à la poitrine saillante de Doria. Il la toisait en coin, observait ses faits et gestes et repartait vers le motel des Bates, pas si loin après tout. Il scrutait la moindre de ses respirations, il tenta d’en déchiffrer le sens, s’il s’agissait d’une invitation, ou pas. Il la vit se crisper à peine durant la scène de la douche et en profita pour frôler son bras et entortiller sa main dans la sienne, en en rajoutant des tonnes pour la réconforter de presque rien. Ils passèrent le reste du film ainsi, sans que ça n’insinue rien de plus, sans qu’ils agissent autrement. A vingt minutes de la fin, Julie susurra à l’oreille de Paul que Norman devait en fait être le tueur. Il lui sourit sans découvrir ses dents et passa une poignée de seconde à se demander si elle avait déjà vu le film ou si elle exposait son talent de déduction avant de repartir dans son état d’hypnose éthylique. Une fois que Norman apparut sur l’écran vêtu des vêtements de sa mère, elles rirent à tue tête en bougeant très vite les pieds par terre sans peut-être comprendre la réalité et la justesse de la scène. Parallèlement, elles poussèrent un crin de dégoût quand le squelette de la mère était filmé. Leurs réactions semblaient surfaites à certains moments, elles en rajoutaient, à moins d’être vraiment sincère et trop expressives. Paul crut qu’elles se foutaient de leur gueule, il se dit qu’il n’en pouvait plus de tous ces gens, du reste du monde, des gros types dans tous les restaurants du monde qui les empêcheraient à jamais d’être heureux. Il ferma les yeux et en les ouvrant à nouveaux, il se rendit compte qu’il était tout à fait parano, que ces filles s’amusaient simplement avec bonne volonté.
Le générique, et la musique bien connue, défilèrent. Paul s’était redressé en avant sur son siège, il se tenait la tête à deux mains et ses bras reposaient sur ses genoux. Carlos et Doria étaient épaules contre épaules et ne se regardaient pas. Il était à peu près sûr qu’ils ne s’étaient pas embrassés. Au bout d’une minutes ou deux, il se tourna vers Julie et lui sourit avec confiance en lui demandant si elle avait aimé. Elle acquiesça, « bien sûr », sans rien rajouter de plus. Il s’empêtra la bouche dans une série d’explications et d’éloges du film, avant de s’arrêter au beau milieu d’une phrase sous l’effet de la déception que ses paroles provoquaient en lui. Ils se réfugièrent tous dans le salon et les filles allèrent fumer sur le balcon. Carlos et Paul, affalés dans le canapé, se dévisageaient en silence. Carlos ouvrit la bouche, « sois heureux ce soir, ne pense pas à l’avenir ». « D’accord. Quand je le fais, on a peur de moi. On se méprend sur mes désirs ». Les filles leur parlaient et le son de leurs voix ne filtrait pas à travers la baie vitrée. Carlos sortit, la pluie s’était arrêtée de tomber, les arbres en en bas avaient les feuilles mouillées qui luisaient. Julie s’exclama « c’est incroyable, magnifique ». L’eau clapotait doucement et les lampadaires illuminaient le parc désert. Un ou deux clochards y dormaient en silence et il se trouvait toujours des néo-nazis au crane trop rempli de bière pour tagger quelques croix gammées ou signe SS sans qu’ aucune de leurs activités ne soient visibles du balcon. Tout semblait calme, parfait. Rien ne l’était. Ainsi va le monde, et ce soir-là comme beaucoup d’autres, il valait mieux oublier et regarder la surface en se cachant le reste à soi-même. En oubliant chaque meurtre qui se déroulait à cet instant précis, chaque viol, chaque larme coulée à la surface du globe, les gens devenus fous, dont la vie basculait tandis que Paul remplissait les verres de saké. Elles vinrent s’assoire et ils portèrent un toast à la folie. Carlos et Doria s’embrassèrent immédiatement pour profiter du goût de l’alcool, Paul et Julie se regardèrent et éclatèrent de rire, un rire silencieux et complice. Paul se leva et la prit par la main pour l’emmener dans la cuisine. Il la prit dans ses bras, l’enserrant à la taille en murmurant, « on sera plus au calme ici ». Il lui demanda « je te plais ? », c’était une question qu’elle aurait du poser, mais il s’en foutait, il voulait la réponse. « Beaucoup. Et moi ? ». « Tu me plais énormément, tu es gentille et maligne ». Il eut peur que ça semble trop gros ou que ce ne soit pas les mots, qu’elle préfère des adjectifs plus physiques, plus terre à terre. Non, elle semblait satisfaite. Il l’embrassa. Leurs deux langues jouaient et quand il retirait peu à peu la sienne, il fermait l’étreinte de ses dents et la mordait doucement. Il fixa son visage, elle fit de même et ils recommencèrent. C’était très agréable, malheureusement, il ne sentait pas la flamme, une certaine jouissance immédiate du goût, du toucher et de l’esprit, comme il l’avait déjà ressentie. Il continua tout de même, persuadé que c’était la même chose pour elle. Plus tard, ils s’assirent par terre sans s’occuper de Carlos et Doria, et il l’écouta parler. Il lui raconta beaucoup de choses sur sa vie, ces relations avec son ex petit ami. Il adorait entendre ce genre de confessions, contrairement à beaucoup de garçons qui ne pouvait supporter les dialogues immobiles. Encore au lycée, il voulait devenir psychanalyste, et pris conscience qu’il n’y arriverait qu’en étant un écrivain, celui qui écrit d’abord sur lui-même, qui fasse de lui-même des mots. Dans sa mémoire à long terme s’imprima une anecdote sans intérêt, en lieu et place des secrets sur les pulsions de violence de Julie. Elle racontait « qu’il n’y pas si longtemps, je suis allé dîner avec mes parents chez des amis à eux. Cela faisait longtemps qu’ils ne les avaient plus vus et moins je me rappelais juste d’un Noël passé chez eux où j’avais fait la fête dans une petite piscine gonflable avec leur fils. On devait avoir moins de 10 ans. J’avais le souvenir d’une grande maison, avec un jardin immense, fleuri et très vert. En fait, quand j’y suis retourné, le jardin était très petit, la maison défraîchie, le coin de la piscine me paraissait énorme et très isolé, et là, c’était un bout de terre en face d’un carrefour de l’autre côté du grillage ». Il ne se souvenait pas d’une chute à l’histoire, elle ne devait pas en avoir, bien qu’il se soit endormi à un moment. Julie ne s’en rendit pas immédiatement compte et continua un peu son histoire. Elle alla rejoindre les autres en laissant Paul dormir contre un placard. Ils écoutaient Rubber Soul des Beatles et quand ils la virent, ils se levèrent et dansèrent. Ils l’invitèrent au milieu d’eux et lui prirent chacun une main. Le son était très doux, pas fort, il caressait leurs oreilles et frôlait leurs corps en mouvements rapprochés. Cela continua jusqu’à « Girl », après quoi ils commençèrient à être fatigué. Carlos les emmena dans sa chambre, elles s’assirent sur son lit et il tira une table de ouïja hors d’une armoire. Il inséra « Bona Drag » de Morrissey et sauta les plages pour aller au huitième morceau.
« Tu as vomi ? »
Il ouvrit les yeux et le visage de Carlos était juste en face de lui. « Non, je ne bois que des choses qui ne me font pas vomir. Ça m’ait déjà assez arrivé ». Il se leva en s’aidant de la main sur le sol. Il se regarda dans la glace du salon. « L’avantage, c’est que je suis déjà habillé, pas décoiffé. Je pourrai sortir, aller à un entretien d’embauche ». Il vit qu’il était déjà midi sur l’horloge reproduisant « La persistance du temps » de Dali. Carlos lui apporta une tasse de café et devança les éventuelles questions de Paul : « les filles sont parties ». « Vous avez fait quoi hier soir, pendant que je dormais ? », il redoutait la réponse, il se doutait que ça ne lui plairait pas, que Carlos aura réussi à être lui-même et à séduire deux filles cette fois. « On a joué au Ouija » « Et c’est tout ? » « C’est tout, Doria a dormi dans ma chambre et Julie à côté de toi » « Vraiment ? Là par terre ? » « Elle y était ce matin. Elles sont parties à l’aube, elles sont en stage au parlement » « Vous avez interrogé qui ? » « A ton avis ? Hitchcock ! » « Et qu’est-ce qu’il a dit ? » « Que contrairement à ce que son film laisse penser, s’habiller en femme peut-être fun, il faut juste éviter les fringues de sa mère ». Un silence long de plusieurs minutes que Paul brisa « J’ai fait un rêve. Le gros du restaurant portait un déguisement, il faisait descendre la fermeture éclaire et sortait de son habit de gros, et c’était moi. Après, j’ai entendu plein de ‘ziiiiip’ et tous les clients du resto étaient moi. »
Thursday, February 16, 2006
Chapitre 4
Posted by
paul_austère
at
8:21 AM
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